Santiago Sempere : la Voie du Moine Danseur (entretien avec Eric Marchal)

Santiago est danseur, chorégraphe et enseignant de yoga. Pour lui, la sensualité et la spiritualité ne sont pas opposées. La danse est une cérémonie où le public participe, où le duende du flamenco porte une force obscure et sacrée. Sa voie : être un moine-danseur, relié au corps et à la présence.

Le rapport au corps : une spiritualité incarnée

Sensualité et spiritualité ne sont pas opposées

La première chose que Santiago dit de son rapport au corps : il est sensuel. Tout son travail consiste à ne pas renier la sensualité au nom de la spiritualité. Le corps n’est pas un obstacle à l’éveil. Il en est le véhicule. Dans sa pratique du yoga et de la danse, le corps est l’instrument de l’expérience spirituelle, pas un ennemi à dompter.

Moine ou danseur : la fausse alternative

À 18 ans, Santiago se demande : être moine ou être danseur ? Sa réponse va être de refuser le choix. Il devient un moine-danseur. La danse est sa pratique spirituelle, sa méditation en mouvement. Cette synthèse incarne une non-dualité vécue : le sacré n’est pas ailleurs que dans le corps qui danse.

Le satori fondateur

Lors d’un concert à Toulouse, Santiago vit une expérience de satori : les vibrations étaient si fortes que sa tête et son corps explosent. Il reste une semaine en feu, incapable de supporter la ville. Il demande à être emmené à l’hôpital psychiatrique. Son ami le laisse plutôt une semaine sous une tente dans la nature. Une tempête, le vent qui soulève la tente comme un grand poumon, et la révélation : il est danseur. Cette expérience le marque pour toujours.

La danse comme cérémonie

Le duende : l’esprit obscur du flamenco

Le duende est un concept clé pour Santiago. Les anciens du flamenco disent : tout ce qui a un son a un duende, un aspect de force obscure. Ce n’est pas l’esprit Disney qu’on imagine dans la spiritualité new-age, une grâce agréable, belle, confortable. Le duende plonge dans l’obscurité, la douleur, l’effort, la réalité de la vie. Il ne nous voile pas la face. L’esprit véritable accueille tout : la souffrance, la mort, la maladie.

Le public danse avec le danseur

Pour Santiago, un spectacle réussi se reconnaît à la posture du public. Quand les spectateurs sont droits comme en méditation, quand ils bougent imperceptiblement, ils dansent avec lui. Le spectacle devient une cérémonie. Le public n’est pas passif. Il est physiquement engagé, vibrant avec les danseurs. C’est une présence partagée, une expérience collective qui transforme l’espace.

Un enseignement sans gourou

Refus de la spiritualité marchande

Santiago refuse catégoriquement d’être un gourou. Il ne donne pas de leçons. Il transmet des expériences et des outils. La spiritualité n’est pas une acquisition. Pour lui, l’enseignement authentique est gratuit, comme Bouddha, comme le Christ. Un don, pas un achat. Le karma, c’est l’action, pas un système de récompense et de punition. Culpabiliser quelqu’un sur son karma est une imposture.

Santiago : le nom comme programme

Son maître de sanskrit lui a donné son nom : Santiago. Cela signifie le renoncement aux fruits de l’action (sannyasa + yoga), la voie de la Bhagavad-Gita. Agir sans être attaché au résultat. Saint-Jacques-de-Compostelle aussi. Un nom qui porte tout un chemin. Santiago ne se prend pas pour un maître. Maestro l’amuse. Il préfère rester libre, dans une relation horizontale avec ceux qui l’accompagnent.

Souffrance, présence et conscience

L’acceptation de la douleur

Quand Santiago a souffert d’une occlusion intestinale, la douleur était insupportable. Il s’est dit : j’accepte de souffrir éternellement. L’acceptation absolue a provoqué un basculement. Il est tombé dans le coma et s’est réveillé guéri. Pour lui, la souffrance est une énergie passagère. L’inviter à dîner, discuter avec elle, et elle disparaît. Pas de leçon à donner à celui qui souffre. Juste tenir la main, être présent.

Au-delà de la séparation

Sous acide dans sa jeunesse, Santiago a senti les vibrations d’un chat à 30 mètres. Pendant un instant, il n’y avait plus de séparation entre le chat et lui. Cette expérience d’unité, il la retrouve dans la danse, dans la cérémonie du thé, dans la présence. La conscience n’est pas individuelle. Elle est plus vaste. Chaque pratique, yoga, danse, méditation, est une manière de faire tomber les frontières entre soi et le monde.

Plus d’infos :

Repères et Transcription de la vidéo

[00:00] – Introduction

Eric présente Santiago, son ancien maître de danse et guide spirituel. Ensemble depuis 25 ans.

[01:04] – Le rapport au corps

Premier mot : sensuel. La sensualité et la spiritualité ne sont pas à opposer. Le corps est l’instrument de l’expérience spirituelle.

[01:47] – Moine ou danseur ?

À 18 ans, Santiago se demande s’il sera moine ou danseur. Sa réponse : moine-danseur. La danse comme voie spirituelle.

[02:33] – Le satori à 18 ans

Lors d’un concert, les vibrations explosent sa tête et son corps. Une semaine de feu. La nature et la tempête lui révèlent sa voie.

[07:33] – La non-séparation

Premiers questionnements sur l’esprit, la conscience, la frontière entre soi et le monde.

[08:11] – La danse et la mort

Santiago crée Tombeau, une pièce sur la mort à l’époque du sida. La danse peut traverser tous les états.

[14:01] – Le public et la cérémonie

Le public danse avec les danseurs. La posture des spectateurs révèle la qualité de la présence partagée. Le spectacle devient cérémonie.

[19:43] – La danse-cérémonie

Comme la cérémonie du thé au Japon : chaque geste compte, le corps est pleinement présent, l’invité participe activement.

[20:52] – L’esprit du flamenco

Le duende : force obscure du flamenco. Les anciens disent : tout son a un duende. L’esprit n’est pas gentil et confortable.

[23:08] – Spirit Disney

Santiago appelle Spirit Disney la fausse spiritualité qui évite la douleur et la mort. Le véritable esprit accueille tout.

[23:57] – Souffrance et acceptation

L’occlusion intestinale et l’acceptation éternelle de la douleur. Le coma et la guérison. Tenir la main, ne pas donner de leçon.

[29:51] – Refus du gourou

Santiago ne veut pas être un maître spirituel. Il transmet des expériences, pas des dogmes. La spiritualité est liberté.

[31:24] – L’avatar de la création

Dans la création collective, une entité apparaît. Elle choisit sa forme, son rythme, son costume. Le créateur est au service de cette apparition.

[41:53] – Gratuité de l’enseignement

Bouddha était gratuit. Le don n’est pas un achat. La spiritualité n’est pas une marchandise.

[44:00] – Santiago : le nom

Son maître de sanskrit lui donne ce nom : renoncement aux fruits de l’action. Une voie tracée par la Bhagavad-Gita.

[48:16] – Rêves et réalité

Le rêve est réel. L’expérience onirique est sensuelle, vécue. La frontière entre rêve et réalité est une autre dualité à dépasser.

[52:02] – Conscience et présence

Premier souvenir de conscience à 2 ans : une lumière dans une cage d’escalier. Une coïncidence entre la lumière extérieure et lui-même.

[57:53] – Présence avant spiritualité

Quand il y a présence, il y a beauté. La présence est plus importante que tous les discours sur la spiritualité.

[66:06] – Au-delà de la séparation

L’expérience du chat sous acide : plus de frontière entre les êtres. Une conscience élargie qui dissout toute séparation.

Questions Fréquentes

Qui est Santiago ?

Santiago est danseur, chorégraphe et enseignant de yoga. Il a été le maître de danse et guide spirituel d’Eric Marchal. Sa singularité est d’avoir synthétisé la vie de moine et la vie de danseur. Son enseignement est centré sur la non-dualité du corps et de l’esprit, la sensualité comme voie d’éveil, et la présence comme pratique fondamentale.

Qu’est-ce que le duende dans le flamenco ?

Le duende est une force obscure et sacrée qui habite le flamenco. Les anciens disent que tout son a un duende. Il s’oppose à une spiritualité édulcorée que Santiago appelle Spirit Disney. Le duende n’évite ni la douleur ni la mort. Il les accueille comme partie de l’expérience humaine et les transmute par l’art.

Comment Santiago conçoit-il l’enseignement spirituel ?

Santiago refuse d’être un gourou. Il ne donne pas de leçons ni de dogmes. Il transmet des expériences et des outils. Le karma n’est pas un système de récompense mais une action libre. Son nom, Santiago, signifie le renoncement aux fruits de l’action : agir sans être attaché au résultat.